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Lot 46 - Jacques STELLA (Lyon 1596 - Paris 1657) - Sainte Cécile jouant la...

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Jacques STELLA (Lyon 1596 - Paris 1657)
Sainte Cécile jouant la harpe
Toile (de forme ovale à l'origine)
97,5 cm x 84 cm
Cadre en bois sculpté et doré
Provenance :
- Collège des Jésuites de Lyon, jusqu'en 1762
- Vente Sotheby’s, 1991
- Collection privée, Paris

Bibliographie :
- Jean-Aymar Piganiol de La Force, Nouveau voyage de France, Paris, 1724, p. 194
- Dézallier d’Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres, Paris, éd. 1762, t. 4, pp. 44-45

Dans une communication orale, Gilles Chomer, qui ignorait en quelles mains privées ce tableau se trouvait, avait fait le rapprochement avec une mention concernant le petit collège des Jésuites de Lyon, situé au pied de la colline de Fourvière et construit grâce à la générosité de Gabrielle de Gadagne de Chevrières à partir de 1630.
Cette possible identification reposait sur le format ovale assez inhabituel précisé par Dézallier d’Argenville en 1762 (Abrégé de la vie des plus fameux peintres, Paris, t. 4, pp. 44-45).
Cet établissement servait à l’enseignement des trois classes basses, et avait vocation à enseigner au plus grand nombre. Leurs établissements et leurs décors semblent avoir, pour leur part, survécu au moins jusqu’à la Révolution.

Sainte Cécile y accompagnait, nous dit-on, une autre peinture ovale montrant sainte Marie Madeleine. Un troisième tableau de Stella était mentionné dans ce collège : un Christ au désert que Jean-Aymar Piganiol de la Force (Nouveau voyage de France, Paris, 1724, p. 194) dit grand.
Ce dernier ne peut, de fait, correspondre aux peintures connues représentant Le Christ au désert servi par les anges, en largeur, des Offices et du Musée de Portland, d’ailleurs plus tardives.
On peut penser qu’il s’agissait plutôt d’une composition en hauteur comparable à celle de Le Brun (Louvre), que les deux pendants ovales venaient encadrer dans un retable, sur les ailes. L’iconographie d’ensemble du décor de Lyon développait peut-être le thème angélique.

L’examen du tableau permet d’affirmer que le format ovale qui se dessine en lumière rasante sur la toile est original : sa trace résulte non de l’impression d’écoinçons mais de la pliure sur le châssis, qui avait donc la même forme.
Cela signifie que les partitions et instruments au sol, dans les angles inférieurs, sont des ajouts postérieurs à la mise au rectangle. Ainsi est confortée l’idée qu’il s’agit d’un format à caractère décoratif propre à orner le volet d’un retable.

Jacques Stella a représenté à de nombreuses reprises la sainte depuis la gravure sur bois de 1624-1625, les versions les plus connues étant sans doute celles peintes sur cuivre de Rennes (signée et datée de 1626) et du Louvre, celle-ci disposant de versions alternatives sur pierre.
La singularité de notre tableau vient de l’instrument choisi. D’ordinaire, Stella, comme la plupart des peintres, choisit l’orgue. Ici, comme plus tard Pierre Mignard (Louvre, 1691), il peint sainte Cécile jouant de la harpe.
On peut croire que cela soit une demande expresse des commanditaires, peut-être les Jésuites eux-mêmes, dont l’intérêt éducatif pour le spectacle embrassait évidemment la musique, enseignée dans leurs collèges.
Il faut aussi remarquer que la vogue de l’orgue portatif comme attribut de la sainte correspond aussi à un usage fréquent de l’instrument au XVIIème siècle qui tend à disparaître au suivant.

Ce choix instrumental particulier correspond-t-il à un souci archéologique, qui permet d’évoquer l’antique David ? La minéralité du décor et du coloris, laiteux, va en tout cas dans ce sens, et s’inscrit dans la suite d’une autre composition pour les Jésuites, L’enfant Jésus retrouvé par ses parents dans le Temple pour le Noviciat de Paris (1641-1642, église des Andelys). Le visage aux traits ourlés de la sainte, le type de l’angelot à la viole situent la peinture un peu plus tard, au temps de la régence d’Anne d’Autriche, sans doute peu avant que n’éclate la Fronde.
On en rapprochera notamment le Retour d’Egypte de Rennes (1644), la gravure de Pierre Daret pour le frontispice de La mort de Chrispe, de Tristan Lhermitte, publié en 1645, et une peinture perdue mais connue par une bonne reproduction, montrant L’embarquement de sainte Hélène, datée de 1646.
Sylvain Kerspern

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes